Joël Leick - "L'idéal et autres paradis" jusqu'au 04/09

Publié le 4 Septembre 1991

Le Conseil Général de la Moselle présente une exposition monographique de l'artiste Joël Leick au Musée Départemental du Sel à Marsal jusqu'au 4 septembre prochain. Elle s'intitule "Joël Leick - L'idéal et autres paradis" et se compose de photographies, de monographies et de livres d'artiste. Lao Tseu a dit : "Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit.". L’univers de Joël Leick est profondément ancré dans cet adage : il propose en effet la transcription d’une vie rêvée et pourtant existante, pour peu que l’on sache ouvrir les yeux...


 "L’Idéal et autres paradis" est une fusion entre la réalité du souvenir et le souvenir du réel. L'artiste présente ici une œuvre sobre, claire et précise dans sa plastique. Le temps y a également fait son œuvre. L’artiste a su prendre un recul nécessaire pour garder cette virginité, ce vide, cette pureté d’un lieu ou d’un objet.

 

Originaire de Thionville, Joël Leick reste très attaché à ses racines et à ce monde que l’on appelait "Far Est", dont l’éloignement est aujourd’hui marqué par le temps qui passe. Signes de l’enfance et codes de la vie contemporaine se rapprochent alors pour créer une esthétique. La série "Greffes et greffons" en est un parfait exemple. Ici se croisent les dérives de ces sciences qui veulent faire de l’Homme l’Être suprême, celles de la consommation et les jeux d’enfants ; ici, toute idée de proportion et de réalisme est négligée au profit de l’amusement et d’une douce poésie naïve...

 

L’une des premières choses qui frappe le visiteur à l'entrée de l'atelier de Joël Leick est une grande presse, lourde, imposante, noire et à la roue crucifère. Toute proche d’elle est accrochée entre deux fenêtres une petite croix de bois, sombre et fragile. "Le travail est dur et toute vie vulnérable", semble vouloir dire ce diptyque. L’amour de Leick pour "l’œuvre objet", sa matière, son rendu, son contenu, son savoir et l’application qu’il y met donnent raison à cette pensée. Chaque création est une trace précieuse de notre société et de ses détournements.  

                 
Cet artiste prend le plus grand soin à choisir les matériaux avec lesquels il travaille. Ils sont déformés et embellis, tant par la cuvette pressée sur les monotypes que par l’encre pigmentée au rendu velouté incomparable. Les sujets traités avec la plus grande sobriété respectent l’intime car Leick en connaît les limites. Maître dans la compréhension et l’interprétation des signes -typographiques, gestuels, grammaticaux-, il crée son propre langage, intellectualise son œuvre. Il joue aux rapprochements.

L’utilisation de moyens modernes de réalisation -presse, appareil photo, imprimante jet d’encre, tampons- montre une volonté d’industrialisation de la création. Mais Leick n’exploite ici qu’un moyen technique et non l’idée de reproduction à l’infini. Il incite à réfléchir quant à l’aura de l’œuvre d’art et de son effacement. Les livres sont ainsi un partage. Édités en quantités limitées, ils ne deviendront pas des quantités négligeables. La mémoire sera alors collective : elle ne sera réservée qu’à un certain nombre de personnes qui la transmettront à leur tour.


Les grands monotypes des séries "Winter", "White", "Plate"  et "Paisatges"  interrogent le spectateur sur des détails des plus anodins. Cette chaise -ultime barricade d’une Guerre des boutons- enfouie dans la neige parait "morte". Est-ce à cause de l’hiver ou en raison du paysage urbano-industriel qui l’accompagne ?  Le mur bleu de White est-il une intervention d’artiste à l’image du Carré rouge de Gloria Friedmann à Villars-Santenoge (Haute-Marne) ? "Vanités" nous rappelant que tout est voué à la disparition ou abstraction lyrique à la Miró : chacun pourra se reconnaître dans cette recherche et dans les questions qui en émergent...

 Idéal et paradis sont ici à la fois fantasmés et subjectifs. Chacun les adaptera à sa guise. Une photographie de poitrine féminine imprimée sur une feuille transparente. Lumineuse mais cristalline ... c’est alors un fantôme du passé, un désir imaginé. L’idée se renforce avec l'herbe posée au premier plan. Mais le flou de cette dernière envisage que la rencontre ne se fera jamais, ou alors pas en ce monde.  C’est l’artiste qui, au travers de ses souvenirs les plus intimes, devient le véritable sujet et l’enjeu de l’esthétique. Y accéder n’est pas tout à fait impossible.

Prenez tour à tour un voile soulevé découvrant un vague paysage, une fenêtre à la guirlande de lumière blafarde, un visage se reflétant dans l’infini de l’eau -un nouveau Narcisse ?-, une plage de Normandie à la mer incertaine. Ajoutez au tout un bruit sourd correspondant aux vagues, au tissu qui se froisse, des rires, des silences. Le tout engendre un rêve où la volupté du rendu sur papier rend la séquence agréable à celui qui s’y promène. Un songe que nous avons tous connu. C’est un nouveau "leporello", une pensée déroulée et précieuse.

"La fin du monde" montre par sa préciosité que rien n’est perdu. Ces embrasements de portes et de fenêtres maintenant bouchées de parpaings ne causent en rien l’oubli. Il n’y a pas de néant. Il n’y a que la trace d’une vie et d’une fierté passées.


Joël Leick a créé d’un dur labeur une bulle dans laquelle les secrets les plus personnels de l’humanité toute entière vont prendre corps. Cette bulle est plus probante encore dans ces cartes postales de mauve encrées, accompagnées de mots écrits de la main de Michel Butor. Être sur terre ou au paradis, qu’importe, l’essentiel reste le songe. Et Joël Leick fait d’un rêve un paradis de papier.

 

"Renoncer à l’apparence des choses pour découvrir une plus secrète signification de la réalité.

Le but de l’artiste est de mener le spectateur au cœur même d’une réalité qu’il ignore. "

 

Côté pratique :
Musée départemental du Sel, Porte de France à Marsal.

Ouverture du mardi au dimanche de 9 H 30 à 12 H et de 13 H 30 à 18 H.
Plein tarif individuel : 5 €
Tarif réduit : 3,5 €
Pass Musée Georges de La Tour + Musée du Sel à Marsal : 6 €
Tarif de groupe (10 à 25 personnes) : 60 €
Gratuit pour les enfants de moins de 16 ans
Renseignements et réservations au 03 87 35 01 50.                                                                                  
L'exposition est accompagnée d'un livre d'artiste :
Joël Leick (textes de Michel Butor et de Laurent Thurnherr), Leick, l'idéal et autres paradis, Metz, Conseil Général de la Moselle, Serge Domini éditeur, 2011, 100pp.
 
 

 

Leick-Gref-book-planche

 

 

Leick-PRESENCE-cat.jpg

 

 

 

 

André PERRIN, vice-Président du Conseil Général de la Moselle, interviewé par RPL

 

 

 

Laurent THURNHERR, adjoint au Conservateur en chef du Musée départemental du Sel à Marsal, interviewé par RPL

 

Rédigé par Conseil Général de la Moselle

Publié dans #Musée départemental du Sel à Marsal

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article