Archéologie : deux soldats de 14-18 sur la LGV-Est européenne

Publié le 14 Avril 2010

L’opération de fouille préventive, menée sur le tracé de la future ligne LGV-Est européenne par la Conservation départementale d’Archéologique de la Moselle pour le compte de Réseau Ferré de France, a permis la mise au jour, sur la commune de Sarraltroff, d’une double sépulture préservée de soldats.


Le décapage mécanique d’un des secteurs de la fouille a révélé la présence d’une fosse contenant les squelettes de deux individus, reposant, tête bêche, sur le dos.  La méthode de fouille retenue – gestes techniques, enregistrement, documentation – a été en tout point similaire à celle d’une sépulture gallo-romaine ou médiévale. L’analyse anthropologique a montré qu’il s’agissait de deux adultes de sexe masculin âgés entre 20 et 39 ans pour une taille d’1m66 et 1m76. Plusieurs  pathologies (caries et otites non soignées pour l’un) montrent qu’ils appartiennent à des milieux sociaux différents. La présence de traumatismes (perte de l’avant-bras) laisserait penser que l’un des deux au moins serait mort suite de ses blessures lors de ce conflit sans que l’on puisse suggérer d’armes.


La présence de vêtements – capote à double boutonnage, pantalon garance, brodequins en cuir à semelles cloutées –, d’équipements – havresac – et d’effets personnels – pipe, couteau pliant – encore conservés à l’état fragmentaire a permis de les identifier comme étant deux soldats de la Première Guerre Mondiale. Il s’agit plus particulièrement de deux fantassins de l’armée française, comme l’atteste les boutons frappés du symbole de la grenade fusante, un soldat et, sans doute, un sous-officier.


La fouille de la sépulture a livré plusieurs informations sur la pratique funéraire d’urgence à proximité des champs de batailles. La position des ossements, l’analyse taphonomique et l’étude biologique ont montré que, rapidement après leur mort, les deux soldats ont été portés puis déposés à même la fosse correspondant sans doute à un trou d’obus, l’un après l’autre dans un court laps de temps et, enfin, immédiatement recouverts de terre. Cependant, il n’a été possible de déterminer les circonstances exactes de leur décès.


De plus amples recherches ont permis, en se basant sur les différents documents relatifs au mouvement des troupes – Journaux de Marches et d’Opération, journaux de combattants et d’officiers, cartes d’Etat Major – opérant aux alentours de Sarraltroff et de Sarrebourg, de supposer qu’ils étaient membres de la 16ème division du 8ème Corps d’Armée de l’armée française et qu’ils seraient tombés lors de la bataille de Sarrebourg (18 au 20 août 1914), sans doute le 20 août. Cette offensive a permis dés le début du conflit une avancée significative vers le front de l’Est. L’absence d’éléments d’identité et d’effets personnels significatifs exclut toute identification plus précise (identité et régiment). Ils sont désormais inhumés à proximité de leur lieu de découverte.


Les équipes archéologiques sont amenées régulièrement à découvrir des vestiges de ce premier conflit mondial dans les grandes surfaces explorées à l’occasion des chantiers d’archéologie préventive notamment dans les secteurs de front où les combats ont été soutenus et les infrastructures nombreuses. Considérés de prime abord comme des éléments perturbateurs nuisant à la lisibilité des occupations les plus anciennes, ces vestiges font l’objet désormais depuis une décennie d’études plus approfondie enrichissant l’archéologie d’une nouvelle problématique. En effet, qu’ils soient sous forme d’infrastructures, d’objets appartenant tant au monde militaire qu’à la vie quotidienne ou encore de sépultures de combattants, ils apportent un complément d’informations indéniable aux témoignages écrits et aux travaux des historiens. Cette implication des archéologues contribue à la transmission de cette mémoire collective d’un passé encore très proche.

 

Cet article a été écrit par Sophie CASADEBAIG, archéologue, chef du bureau de reherche et de l'archéologie préventive du Conseil Général de la Moselle. Il paraîtra dans le prochain numéro de la Revue "50-sept" qui sera édité en juin.

 


 

Crédit photo : Conservation départementale d'Archéologie du Conseil Général de la Moselle.

Rédigé par Conseil Général de la Moselle

Publié dans #Archéologie - Parc européen de Bliesbruck-Reinheim

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